Edvard Munch et Claude Sautet

Edvard Munch et Claude Sautet

Belle entrée en matière n’es-ce pas pour parler de celui que l’on considère comme le pionnier de l’expressionniste : Edward Munch. Parmi ces œuvres les plus célèbres : « Le Cris », victime d’ailleurs d’un nombre important de détournements…

Edward Munch s’est efforcé de traduire, dans l’ensemble de ses oeuvres la destinée humaine, avec des thèmes qui nous sont universels : l’amour, la solitude, les angoisses, la mort etc…

« Je ne peindrai plus d’intérieurs et les gens en train de lire, et les femmes à leur tricot. Je peindrai des êtres qui respirent, sentent, souffrent et aiment. » Edvard Munch

Cet intérêt certain pour la destinée humaine lui donnera l’ambition de réaliser sa « fresque de la vie » qu’il décrit avec ses propres mots comme étant : « une série cohérente de tableaux, qui doivent donner un aperçu de la vie ». Nous sommes ici au coeur du mouvement expressionniste : des émotions, des sentiments, des tensions, etc… qui sont directement puisés de la propre vie du peintre :

« En vérité, mon art est une confession que je fais de mon plein gré, une tentative de tirer au clair, pour moi-même, mon rapport avec la vie… C’est au fond une forme d’égoïsme, mais je ne renonce pas à espérer qu’avec son aide je parviendrai à aider d’autres gens à se comprendre ». Edvard Munch

Comme Munch, nombreux artistes ont évoqués ces « épisodes de la vie » dans leurs oeuvres. C’est notamment le cas avec le réalisateur Claude Sautet.

Surnommé « magicien de l’invisible » Claude Sautet pouvait faire oublier aux spectateurs qu’ils regardaient des histoires fabriquées de toute pièce, de par le niveau d’inspiration du scénario sur la réalité du quotidien, sur la réalité de la vie. D’ailleurs, le réalisateur s’inspirait souvent de sa propre vie personnelle pour l’écriture de ces scénarios.

« Dans mon cas je crois que il y a un plaisir de faire de la magie invisible, qu’on ne puisse pas voir comment c’est tourné, ça n’as aucunes importances » Claude Sautet

Deux artistes, et un intérêt commun de retranscrire la « destinée humaine »…

Edward Munch, peintre et Claude Sautet réalisateur… Deux hommes qui auront, au fil de leur carrière, évoqués, entre autre les différents aspects de l’amour, et ceux dans une bonne partie de leurs œuvres…

D’un côté Munch avec comme noyau de sa « Fresque de la vie », « l’épanouissement et le déclin de l’amour » avec des œuvres comme : « Homme et Femmes » ; « Le baiser » ou bien encore « Cendres ».

De l’autre, Claude Sautet avec des films réalistes : « Les choses de la vie » ; « César et Rosalie » ; « Vincent, François, Paul et les autres… » ou bien encore : « Un mauvais fils ».

En 1894, Edward Munch peint une oeuvre intitulée « Cendres ». Celui-ci évoque l’échec d’une relation amoureuse, un échec sans doute vécu par le peintre. Ce sentiment est marqué par une forte mise en scène : gestuelles expressives, figées et similaires aux jeux du comédien de théâtre.

Edvard Munch « Cendres » (1894)

Dans le film « Vincent, François, Paul et les autres » Claude Sautet, évoque les destins croisés d’un groupe d’amis, sujets aux différents problèmes de la vie. (Problèmes d’argent, manque d’inspiration, la prise difficile de décisions et donc également des difficultés amoureuses…)

Parmi eux, il y a François (Michel Piccoli), un médecin méprisant ses proches et en particulier sa femme, Lucie (Marie Dubois). Tout au long du film, ce dernier assiste peu à peu l’effondrement de son couple :

Ainsi, tout comme dans le tableau d’Edward Munch, ce film évoque le déclin puis l’échec d’une relation amoureuse. À la fin du film, Lucie se sépare de François… J’interprète le titre de l’oeuvre de Munch : « cendres » comme étant, pour François les restes de sa relation passée avec Lucie. Des « cendres » avec lesquelles il va devoir vivre désormais et tenter d’oublier petit à petit. Ces deux ouvres traitent ce même sujet avec une mise en scène forte et réaliste : expressivité remarquables dans les visages de Munch comme dans le jeu des comédiens chez Sautet.

Évoquons maintenant le neuvième film de Claude Sautet intitulé : « Un mauvais fils ». Bruno Calgani (Patrick Dewaere) rentre en France après 5 ans de détention au Etats-Unis pour usage et trafic de drogues. Ce dernier souhaite effacer son passé, mais ne cesse de penser à la mort de sa mère survenue lors de sa détention. Il décide de revoir son père (Yves Robert) qui n’est pas accueillant…

En 1893, Munch réalise ce qui sera l’oeuvre la plus célèbre de sa carrière : « Le Cris ». Cette oeuvre évoque l’angoisse et la solitude de l’homme, au sein d’une nature qui ne le console pas : « ciel rouge sang »…

Edvard Munch « Le Cri » (1893)

Le point commun entre ces deux oeuvres : Des âmes meurtries.

En effet, Tout au long du film Bruno Calgani, qui ne drogue plus, s’efforce d’effacer la passé. Un passé qui ne le quitte malheureusement pas, notamment quand son père lui avoue que sa mère s’est suicidée à cause de lui… Les relations avec son père sont donc très difficiles… Encore ici, des problèmes de vie, engendrant une angoisse chez le personnage.

Par la suite, une structure de réinsertion lui permet de trouver un travail dans une librairie. Libraire dans laquelle il fonde une idylle avec sa collègue, elle aussi toxicomane, envoyé par le centre qui n’est pas totalement soignée (Brigitte Fossey). Bruno tante dès lors de l’aider à dérocher avec l’aide du propriétaire de la librairie (Jaques Dufilho) jusqu’à cette scène qui résume bien le film et que je trouve magnifique :

Ce film est mon préféré de Claude Sautet, car les personnages y ont une grande profondeur, miroir de tout l’art de Claude Sautet à savoir une écriture ciselée, honnête, un sens du détail traduisant au plus près une réalité… Voilà pourquoi, à mes yeux le « Cris » et ce film sont comparables.

Pour conclure, je dirais que Sautet filmait sa vie et Munch peignait la tienne… Tous deux fessaient des « choses de la vie », leur « choses de la vie » le centre de leurs œuvres. Ces deux artistes racontaient la vraie vie, celle dans laquelle nous sommes, dans laquelle nous nous retrouvons. Nous pouvons être confrontés aux mêmes situations. C’est pour cela que Claude Sautet est à mes yeux le Munch Contemporain.

« Tout d’abord, nous devons enseigner à s’attendre à l’inattendu. Ensuite, enseigner les principes de stratégie qui permettent d’affronter les aléas, l’inattendu, l’incertain. La conscience des incertitudes ne signifie pas une régression de la connaissance, c’est la régression de la fausse connaissance, c’est une progression de la véritable connaissance qui comporte la connaissance de ses ignorances. » Edgar Morin

Les commentaires sont clos.