Merchants of Doubt

Merchants of Doubt

Le documentaire “Merchants of Doubt” est basé sur l’ouvrage du même nom, co-écrit par Naomi Oreskes et Erik M.Conway, historiens des sciences. Dans ce livre, ces derniers dénoncent les motivations des grandes firmes à dissimuler la vérité sur des enjeux de sociétés (réchauffement climatique, tabagisme…) afin de prospérer. Différents procédés sont ainsi révélés, dont le recrutement de “scientifiques” et “experts” semant le doute et la confusion auprès du public dans les médias ou bien en politique, après la constitution de consensus scientifiques. C’est donc en 2014, soit quatre ans après la parution de cet ouvrage que le réalisateur Robert Kenner adapte “Merchants of Doubt” en film documentaire. L’américain Robert Kenner est un producteur et réalisateur de documentaires abordant les questions sociales et environnementales de notre société. Avant “Merchants of Doubt” Robert Kenner avait réalisé en 2008 le documentaire “Food,Inc” dans lequel ce dernier enquêtait déjà sur la face cachée des grandes firmes industrielles. Nominé aux oscars, “Food,Inc” dévoile la production industrielle de nourriture aux États-Unis. Nous pouvons dès lors nous interroger sur les méthodes utilisées par ce documentaire pour démontrer et contredire les arguments avancés par les merchants of doubt et ainsi faire éclater la vérité. Comment le documentaire “Merchant of Doubts” dénonce et dévoile ces manipulations ordonnées et à grande échelle ? Afin de répondre à cette question, nous évoquerons l’utilisation importante de métaphores en lien avec la magie puis la construction du documentaire autour d’une enquête.

Ce documentaire joue donc beaucoup sur la métaphore de la magie avec les merchants of doubts. De manière subtile, cette métaphore nous montre que tous deux ont des points communs dans leurs techniques afin de semer le doute. Les tout premiers plans du documentaire sont des gros plans sur un homme qui se prépare, à ce moment précis nous ne savons pas forcément de qui il s’agit ni pourquoi il se prépare. Nous sommes donc dès le début dans l’interrogation et le doute. De même lors du plan extérieur, aérien du château, sans indications précises. Le doute est levé petit à petit et de façon métonymique. Ainsi, sur le plan suivant nous découvrons le nom du château “The magic castle” inscrit à l’entrée de ce dernier, puis le magicien dans sa loge, paquet de cartes en main pour enfin terminer sur l’interview de ce dernier. Cette idée de doute est de plus, renforcée par l’utilisation d’une musique mystérieuse et intrigante en trame sonore. La métaphore avec la magie est ensuite fortement suggérée dans le générique de début. Tout d’abord avec la musique intitulé “That Old Black Magic” interprété par Frank Sinatra en lien direct avec la métaphore de la magie, de par ses paroles symboliques. Nous sommes toujours bien dans le thème de la magie avec ce générique très visuel mettant en scène les cartes ainsi que les jeux de mains du magicien. Ce dernier se conclut par le jetée d’une carte dans un château de carte, possible sous attendu du but du documentaire : destruction du château, dénonciation et destruction des marchands of doubts. La comparaison entre les merchants of doubts et la magie est présente tout au long du documentaire. En effet, au travers des séquences d’interviews et d’explications des tours du magicien, parmi les sujets du documentaire. Enfin, le message délivré à la fin, du film évoque toujours la métaphore : “Ne les laissez pas duper par les cartes”.

Par la suite, afin de dénoncer et contredire, ce documentaire s’appuie sur une multitude de ressources, authentifiant et donnant du poids aux propos avancés. Des portraits et des interviews d’intervenants, de scientifiques, de chercheurs… Des documents papier (lettres, dossiers…) et des archives vidéos (extraits de journaux télévisés, extraits de procés…). Toutes ces ressources sont ordonnées afin de construire une véritable enquête. Les différents sujets du documentaire (industrues du tabac, réchaufement climatique…), les protraits et interviews et la présentention du magicien, et de ses tours sont ainsi séparés par des fondus au noir. Revenons au générique de début. Nous pouvons y voir une “compilation” des meilleures “fadaises” évoquées par les merchants of doubts, une sorte de sommaire présentant les différents sujets qui vont êtres abordés dans le documentaire (tabac, climat…). Les premiers arguments avancés par Steve Millow, sont tout de suite réfutés avec des images d’illustrations négatives. De même pour le document d’archives vantant les mérites de l’amiante suivi par des images de désamiantage. Dès le début, ce documentaire nous expose son registre, celui d’une dénonciation satirique et comique de par la contradiction des images , la métaphore avec la magie, la compilation des merchants of doubts et la musique.

Pour conclure, le documentaire “Merchants of Doubt” dénonce et contredit les propos avancés par ces soit disant “scientifiques” et “experts”, d’une part avec l’utilisation de métaphores liées à la magie, donnant au documentaire un ton satirique et humoristique. Et par la suite, à l’aide d’une construction ordonée d’une multitude de ressources, documents, de preuves mettant en place une véritable enquête. Ce documentaire peut être rapproché avec le documentaire de Davis Guggenheim intitulé “Une vérité qui dérange” sur le changement climatique. Ce documentaire est d’ailleurs cité dans “ Merchants of Doubt”.

Maxime Ritter

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