Supertramp, l’ami du petit-déjeuner

Supertramp, l’ami du petit-déjeuner

Le 29 mars 1979, Supertramp sort son 6e album studio: « Breakfast in America« . Une tournée mondiale de 10 mois accompagne l’immense succès de l’album. « Breakfast in America » est l’un des albums les plus vendus de l’histoire.

Chacune des pochettes de Supertramp riment avec originalité et qualités esthétiques. Ces dernières nous projettent dans un univers graphique très prononcé. La pochette de « Breakfast in America » est ma préférée. Cette fameuse serveuse au sourire jovial et à la tenue rétro se nomme Libby. Elle apparaît sous les traits de la Statue de la Liberté. La flamme qui « éclaire le monde » est devenue un verre de jus d’orange. La tablette de la déclaration d’indépendance elle, s’est transformée en menu. La scène se déroule à New-York, juste en face de la presqu’île de Manhattan, foisonnant de grattes-ciels (dont les tours jumelles du World Trade Center). Le tout est fabriqué à partir de vaisselle, de couverts, boites de céréales et de bouteilles en tout genre. Cette vue provient d’un hublot d’avion de ligne. Un panorama exceptionnel qui fait rêver les touristes. La pochette fait d’ailleurs penser à une brochure touristique ou bien à une carte postale de la ville qui ne dort jamais. La sous-pochette, sur laquelle figure les crédits et les paroles se présente sous la forme d’un menu. Nous retrouvons Libby déclinée en logo de restaurant. Les typographies « rétro » sont magnifiques avec un contraste entre une typographie manuscrite et une typographie bâton condensée. La barre du « t » de Supertramp forme la traînée d’un avion, probable clin d’œil au hublot de la pochette et donc au thème du voyage. Les papiers orange sur le côté rappellent les commandes des clients accrochés en cuisine. Enfin, les Supertramp se mettent en scène au dos de la pochette, prenant un petit-déjeuner dans un restaurant non loin des studios. L’univers très coloré et visuel de Breakfast in America m’évoque forcément les légendaires Diners que j’affectionne beaucoup. Les petites histoires autour de cette pochette sont fascinantes.

C’est Mike Doud, designer de l’album « Physical Grafitti » de Led Zeppelin qui réalise la pochette de « Breakfast in America ». Le groupe à plusieurs idées dont celle d’une chute de céréales dans un fleuve de lait, à travers les célèbres formations rocheuses de Monument Valley. Mike griffonne plus tard cette esquisse qui séduira aussitôt le groupe… C’est Kate Ellen Murtagh, une actrice au chômage, reconvertie dans la publicité qui se cache derrière le rôle de Libby. Une incroyable promotion accompagne le succès de l’album. Elle est envoyée à Miami pour représenter le groupe à la convention de l’Association Nationale des Professionnels du Disque (NARM). Convention où « Breakfast in America » est sacré album de l’année. Libby joue son rôle à merveille et sert le petit-déjeuner aux invités, qui posent fièrement à ses côtés ! Plus tard, c’est au Japon que Libby est envoyée pour cette fois participer à une émission de cuisine. Kate alias Libby est donc devenu le visage d’un groupe qui cultivait son anonymat. Elle prête son image sur un nombre important de produits estampillés aux couleurs de l’album : autocollants, affiches et tickets de concerts. Certains soirs vous pouviez avoir la chance de la voir débarquer sur scène avec le groupe. Je vous laisse imaginer l’ambiance…

J’ai grandi avec les tubes de Supertramp, que j’écoutais sur le poste radio de mon grand-père. Je me suis rapidement attaché au son singulier de Supertramp. Une voix haut perchée, un synthé Wurlitzer et bien sûr de puissants solos de saxophone.

Mais au fait, qui sont ces Supertramp ?
Le groupe est composé de :

– John Helliwell : saxophoniste et clarinettiste
– Bob Siebenberg : batteur
– Roger Hodgson : fondateur, compositeur, chanteur, pianiste, guitariste
– Rick Davies : fondateur, compositeur, chanteur, pianiste
– Dougie Thomson, le bassiste

Le groupe est né en Grande-Bretagne et joue du rock progressif, de la pop progressive ou du soft rock. Supertramp compte au total 11 albums studios et 5 albums live (de 1970 à 2010).

Les deux fondateurs étaient fauchés et se sentaient comme des clochards. « tramp » en anglais signifie vagabonds, clochards. Ils se donc nommés « Les Super-clochards ».

Voyageons à travers les tubes de Supertramp…

« School » a été écrite trois ans avant l’enregistrement « Crime Of The Century », troisième album studio du groupe. Cette chanson critique le système éducatif, n’apprenant pas vraiment aux enfants de quoi est faite la vie. Ces derniers doivent découvrir par eux-mêmes le monde qui les entoure. La chanson débute avec un harmonica, qui connote pour moi une certaine solitude. Puis, le ton monte progressivement jusqu’à un incroyable solo de piano.

Roger a composé « Dreamer » sur son tout premier piano Wurlitzer. Très excité d’avoir ce piano pour lui tout seul, la chanson lui est venue spontanément. La démo enregistrée chez sa mère est quasiment identique à la version définitive. « Dreamer » est le titre qui à permis à Supertramp de connaitre le succès.

J’aime énormément les changements de rythme sur « Rudy ». C’est un véritable voyage à travers les ambiances et les émotions. Pleins d’images me viennent, comme un film. Elle débute tout en douceur puis s’intensifie. Rudy traite de l’incapacité à diriger son existence, ce fameux train qui part pour nulle part en est une métaphore. « Rudy » sonne très rock progressif. La composition musicale est assez complexe avec l’utilisation d’ambiance sonores et d’instruments classiques.

L’atmosphère de « Crime Of The Century » est très pesante. La voix de Rick Davies transmet beaucoup d’émotions, notamment lorsqu’il accuse les grands dirigeants de kidnapper l’univers… Nous avons ensuite une fabuleuse orchestration : un intense et lourd son de batterie, de déchirants solos de guitares, une obsédante mélodie au piano et de puissants et dramatiques solos de saxophones.

Dans les années 60, Les Beatles diffusaient un message d’amour, d’espoir et de joie au monde entier à travers leurs chansons. Le jeune Roger alors âgée de 19 ans compose « Give A Little Bit« , probablement inspiré de « All You Need Is Love ». Elle débute en acoustique, la guitare douze cordes, une Guild est fabuleuse. Une légère réverbération est perceptible. Pour avoir cette belle sonorité, la guitare et la voix de Roger ont été enregistrés dans la cage du monte-charge des studios. Un chat résidant l’immeuble s’est fait entendre à la fin d’une des prises. Après plusieurs argumentations, le beau miaulement du matou sera finalement écarté du mixage par le groupe… J’aime beaucoup cette chanson car elle déborde d’énergie et d’optimisme.

« Breakfast in America » est l’un des toutes premières chansons de Roger Hodgson, composée à 17 ans chez sa mère. Les paroles font écho à sa propre vie : l’histoire d’un jeune anglais rêvant de vivre aux États-Unis. Le jeune Roger réalisera son rêve des années plus tard en vivant en Californie. Cette chanson est l’une de mes préférées du groupe. J’aime son rythme qui se balance.

Roger jouait et chantait des accords sur son piano quand un mot lui est soudain venu : « libéral » . Il s’est ensuite amusé à chercher des rimes en « al  » dans un dictionnaire. Au fur et à mesure, les phrases absurdes qu’il avait écrites ont pris du sens et le mot « logical » lui est venu. Les paroles se rapprochent de celles de « School« . Elles évoquent l’enfance durant laquelle on nous apprend à paraître plus qu’à être soi-même. On ne nous apprend qui nous sommes réellement. Ce qui s’explique dans les paroles par : « Dis-moi qui suis-je s’il te plait ». « The Logical Song » est pour moi un condensé du fameux « son Supertramp ». Elle est nette, précise et efficace.

« Goodbye Stranger » évoque les relations sans lendemains des groupies. Cette composition et signée Rick Davies. La mélodie est incroyable : la ligne de basse montante/descendante, une batterie énergétique, un refrain entêtant et surtout un solo de guitare terriblement électrisant.

La mélodie de « It’s Raining Again » est radieuse alors que les paroles ne le sont pas… En effet, elles évoquent la fin d’une relation et plus précisément la perte d’un ami… La chanson possède son propre vidéo-clip. Il met en scène un jeune garçon malchanceux quitté par sa petite amie. Chacun des membres de Supertramp y font une petite apparition.

« Don’t Leave me Now » est d’une grande beauté. La mélodie est bouleversante. Chaque instrument est d’une intense tristesse, notamment les solos de saxophone et de guitare. La batterie elle, apporte beaucoup de gravité. « Don’t Leave me Now » referme « Famous Last Words », le septième album studio du groupe.

D’après Hodgson, les chansons sélectionnées pour cet album étaient très bonnes, mais pas non plus les meilleures… D’autres compositions, plus complexes existaient mais, le groupe n’arrivait pas à les mettre en place. Cela s’explique par de fortes oppositions entre les deux compositeurs. Le groupe opta donc pour la solution de facilité. Roger suggère alors d’insuffler une nouvelle énergie au groupe mais Rick Davies et le reste de la formation restent de marbre… En plus de ça, Roger ne supportait plus la folie du show-business depuis le succès de « Breakfast in America« … « Famous Last Words » et la prophétique « Don’t Leave Me Now » marque ainsi la séparation de Roger Hodgson avec Supertramp… Je trouve que le groupe a perdu de sa magie après son départ. Roger reste pour moi la voix du groupe, l’auteur et l’interprète des plus belles chansons. Peu de temps avant cette séparation, Roger se lance dans une carrière solo avec l’album « In The Eye Of The Storm ». Un Bon album avec les titres « Had A Dream » ou encore « In Jeopardy ». J’ai cessé de m’intéresser à Supertramp à partir de l’album « Brother Where You Bound » (1985) qui selon moi, s’éloigne du « son Supertramp ».

Roger Hodgson se produit depuis plusieurs années dans le monde entier. Je voulais le voir depuis longtemps. L’occasion s’était enfin présentée avec le festival Live au Campo Santo à Perpignan. Les premières notes d’harmonica de « Take The Long Way Home » m’ont donné des frissons et annonçaient un concert fantastique. La voix est restée la même. Roger était très proche du public. C’était émouvant de réentendre toutes ces chansons. J’ai découvert certaines compositions de sa période solo comme « Along Came Mary » aux magnifiques accents celtiques. À la fin du concert Roger a fait signe au public de s’avancer. Nous étions presque sur la scène lorsqu’il a chanté « Give A Little Bit« . Le concert s’est terminé avec « It’s Raining Again ». Beaucoup de personnes dansaient, nostalgiques de leurs premières fêtes, soirées, booms…

Juste avant le concert, nous voulions mon frère et moi tenter d’apercevoir Roger Hodgson. Nous étions à la terrasse d’un restaurant quand mon frère à aperçu Roger au bout de la rue. Cette rencontre, aux côtés d’une légende était un grand moment pour moi. Je me souviens de sa gentillesse et de son humilité.

Nouvelles et anciennes générations ont été bercées par les intemporelles mélodies de Supertramp. Supertramp illustre une riche décennie musicale, aux côtés d’autres poids-lourds du rock progressif

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