Trouble Every Day

Trouble Every Day

Shane, chercheur américain est en voyage de noces, à Paris avec sa compagne. Celui-ci tente de retrouver Léo, un biologiste connus en Guyane à l’occasion de travaux communs, des années auparavant. Ce dernier est le seul pouvant le soigner d’un mal étrange… Coré, la compagne de Léo vit cloitrée par son époux. Celle-ci, est littéralement une « bête sauvage ». En effet, Coré est atteinte de violentes pulsions sexuelles, qui vont jusqu’au cannibalisme, envers n’importe quel inconnu…

Ce film mélange plusieurs genres. D’abord, le drame psychologique. Nous comprenons que Shane est atteint, lui aussi des mêmes pulsions « sexuelles-cannibales » que Coré, mais à un stade moins avancé. Ce dernier aurait contracté cette maladie (tout comme Coré), en tant que « cobaye » aux expériences de Léo, en Guyane. Ce voyage de noces n’est donc qu’un prétexte afin de retrouver rapidement Léo. En attendant, ce dernier tente, tant bien que mal de réfréner ces pulsions envers sa femme, de plus en plus inquiète. Ensuite, ce film mélange érotisme et horreur. Nous retrouvons ainsi des scènes remarquables ou la réalisatrice Claire Denis, s’attarde sur la manière de filmer les corps, la chair, l’image nous parle.

« Trouble Every Day » possède une ambiance générale relativement calme, un « calme avant la tempête » très déstabilisant. Le film ne comporte pas beaucoup de dialogues, des décors sombres, vides, un temps morose… Et puis la « tempête » avec des scènes de cannibalisme, violentes et très sanglantes.

Shane et Coré peuvent être assimilés à des vampires, rongés par leur désir de chair, de sang…

En 1893, Munch peint une oeuvre intitulée « Vampire ». Cette peinture évoque la passion destructrice et fatale entre hommes et femmes. Ce tableau est à mes yeux une représentation de Coré… La femme est une « prédatrice » pour l’homme. Entourée d’une ombre menaçante, elle est en position de domination. Celle-ci déploie ses longs cheveux, telle une toile d’araignée sur sa proie. Les cheveux roux connotent également le sang qui coule. Les couleurs sombres, oppressantes rappellent l’atmosphère du film, seuls cheveux et chair se détachent du fond. D’ailleurs, un certain érotisme se dégage du tableau avec le bras, nue de la femme. Munch s’est toujours efforcé de représenter la beauté, la sensualité des corps féminins. Claire Denis s’est également efforcée, attardée sur la manière de filmer les corps et leurs interactions. Dans son film, on ressent, beaucoup, plus que l’on ne parle.

Edvard Munch « Vampire » (1893-1895)

Parlons maintenant d’une autre représentation de Coré, cette-fois au cinéma, dans le remake de « La Féline », par Paul Schrader. Film sensoriel, érotique et horrifique, « La Féline » raconte l’histoire d’une femme atteinte d’une malédiction… Celle-ci se transforme en panthère lors de rapports sexuels, et dévore son partenaire… Ce film traduit donc une certaine bestialité qui sommeille en nous. Coré est une « panthère », prédatrice sautant sur des inconnus afin de les dévorer… « Trouble Every Day » mets en scène les tréfonds du désir, des rapports sexuels violents et donc bestial. Néanmoins, « La Féline » dénonce surtout une société qui réprime le sexe, le sexe est « tabou », mal vus… La panthère est donc une métaphore de toute une frustration, celle-ci est prête à bondir. Dans « Trouble Every Day » Shane est également frustré mais, par sa maladie, qui l’empêche d’avoir des relations sexuelles convenables avec sa femme…

Pour moi, ma seule expérience avec le cannibalisme (au cinéma) fût bien sûr la saga Hannibal Lecter. « Dragon Rouge », « Hannibal » et « Le Silence des Agneaux ». L’appétit du docteur Lecter n’est pas tout à fait le même que celui de Shane et Coré. Le Docteur Lecter est attitré par les qualités gustatives de l’humain, il est un véritable gastronome… Citation Shane et Coré eux, sont au contraire animé par la dimension du désir sexuel… Néanmoins, un point commun existe entre ces oeuvres : la place du cannibalisme dans notre société actuelle et donc toutes ses conséquences… A noter que nous avons tendance à voir le cannibalisme comme une pratique prisée des tribus les plus isolées. Je pense notamment au film « Cannibal Holocaust » qui met en scène cette interprétation.

Le film « Orange Mécanique » mets en scène Alex, un jeune adolescent qui sème violence, terreur et sadisme avec ses amis. Ce dernier éprouve des désirs sexuels sadiques, je pense notamment à la scène, insoutenable du viol. Ainsi, les deux films évoquent des personnes atteintes de désirs sexuels violents. Comme Shane, Alex souffre d’une véritable maladie. Dans « Orange Mécanique » un traitement est même en expérimentation sur Alex (la scène des paupières écartées).

Le film « L’amour est un crime parfait » raconte l’histoire de Marc, un professeur de littérature, réputé pour avoir beaucoup d’aventures amoureuses avec ses étudiantes. Des doutes s’abattent sur lui, le jour ou l’une de ces plus brillantes élèves, Barbara disparait… Grâce à un habile travail de montage nous comprenons que Marc est son assassin et qu’il souffre de schizophrénie… Marc éprouve donc beaucoup de désirs envers ses étudiantes. Un désir décuplé, l’ayant poussé au meurtre de Barbara, comme Coré. Tout comme dans « Trouble Every Day » les réalisateurs sèment des indices au fur et à mesure de l’intrigue. Les pièces d’un « Puzzle » que les spectateurs doivent rassembler pour comprendre. Il m’a fallu d’ailleurs un second visionnage. Enfin, retrouvons de plus, dans « L’amour est un crime parfait » une atmosphère similaire au film de Claire Denis à savoir un calme oppressent : le froid hivernal, un chalet isolé dans les montagnes et même l’érotisme des personnages.

Pour conclure, j’aimerais vous lire une citation de l’anthropologue Serge Bouchard.

« L’amour, le vrai, est cannibale et destructeur. En vérité, il tue. Posséder l’autre, c’est le faire mourir. Être possédé, c’est mourir aussi. Les vrais amants se détournent du monde. Ils s’enferment pour mourir ». Serge Bouchard

C’est exactement une réplique qu’aurai pu dire Shane ou bien Coré dans « Trouble Every Day ».

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